L’Atelier sur Mer : « Peintre sur voile, un métier manuel, physique, avec un véritable côté artistique » audrey, 7 juillet 20267 juillet 2026 De la course au large au transport maritime à la voile, L’Atelier sur Mer s’est imposé comme l’un des acteurs phares de la peinture sur voile et du marquage de coques. Récemment rachetée par Stickerman, l’entreprise morbihannaise change d’échelle. Rencontre avec Isabelle Saulnier, directrice des opérations, et Alexandre Le Gallais, directeur associé, pour décrypter les défis techniques, humains et stratégiques d’un savoir-faire unique. Pouvez-vous présenter l’Atelier sur Mer ? Isabelle Saulnier : L’entreprise a été créée en 2003 par Isabelle Vigier. À l’origine, son activité était axée sur le numérique, c’est-à-dire la signalétique grand format : la décoration de véhicules, les enseignes, les panneaux, bref, tout ce qui sert à la communication des magasins, des artisans ou des mairies. Par la suite, l’atelier s’est surtout spécialisé dans la peinture sur voile et la décoration de coques de bateaux. En 2019, l’Atelier sur Mer a été racheté par Roman Nedellec et Frédéric Le Corre. L’activité a alors été recentrée sur la décoration de voiles et le marquage de coques, devenant un acteur prépondérant dans le milieu du nautisme. Tout le reste est devenu annexe. Alexandre Le Gallais : Récemment, début mai, la société Stickerman, spécialisée dans la signalétique, l’enseigne, la peinture sur voile et la communication visuelle, a racheté L’Atelier sur Mer. Ce pôle historique ne gérera plus que l’activité liée au nautisme et à la voile, tandis que Stickerman gérera le reste. Désormais, l’entreprise est établie sur trois sites : Carnac pour la peinture, Lorient La Base pour le covering, et le site d’Auray-Pluneret pour la signalétique. La décoration de voile représente aujourd’hui 60 % à 70 % de l’activité de l’Atelier sur Mer, le solde étant dédié aux coques et aux véhicules. Comment se définit le savoir-faire de l’Atelier sur Mer ? I.S : À l’origine, ce sont des peintres en lettres qui peignent les voiles. Dans l’équipe actuelle, nous avons un peintre en lettres présent depuis 15 ans qui forme les nouvelles recrues. C’est un métier manuel, physique, avec un côté artistique. Il faut connaître le travail des encres en fonction des supports, avoir une grande dextérité pour poser les adhésifs de masquage, et posséder une bonne vision en 3D. A. L.-G. : Avec une surface de 1 000 m², nous disposons du plus grand plancher de voile parmi tous les acteurs du secteur. Un plancher se gère comme un Tetris : nous vendons de la compétence humaine, mais aussi du temps d’occupation au sol. Quelles sont les difficultés techniques que l’Atelier sur Mer rencontre dans ses activités ? A. L.-G. : Selon les besoins et le budget du client, nous utilisons de la peinture ou des stickers. Certaines équipes de course ne veulent aucun sticker et le moindre petit trait doit être peint. D’autres font le choix du sticker, plus lourd, mais parfois plus économique. Cela dépend aussi de la nature temporaire ou permanente de la décoration. I.S : La décoration de voiles est extrêmement technique. C’est également très physique pour les équipes quand il s’agit de peindre des bandes successives sur des voiles complètes. Pour la course au large, la grande difficulté technique est de veiller à ce que les voiles ne prennent pas trop de poids. Notre savoir-faire consiste à ne pas « tartiner » l’encre, mais à mettre juste ce qu’il faut. Si vous regardez le visuel du Gitana de cette année, la décoration n’est faite que de points. Le rendu visuel est excellent, mais la charge d’encre est très réduite. Pour quelles catégories de classes, l’Atelier sur mer est-il sollicité ? I.S. : Nos années dépendent des cycles de la course au large. Une année de Vendée Globe ou de Route du Rhum ne se ressemble pas. Le planning se remplit très vite et la charge de travail est énorme dès le début de saison. Nous naviguons surtout du Mini 6.50 jusqu’aux Ultimes, en passant par les Figaro, les Class40 et les IMOCA. A. L.-G. : Les Ultim et les IMOCA anticipent énormément, en mode industriel. Un skipper de Mini, lui, gère tout seul ; il arrive parfois au dernier moment en ayant oublié de planifier la décoration de sa voile. L’Atelier sur Mer travaille également avec des acteurs de la propulsion vélique. Cela permet de combler les creux d’activité entre les cycles de courses au large ? A. L.-G. : Les acteurs de la propulsion vélique se distinguent par le fait qu’ils n’ont pas de calendrier lié aux courses, mais plutôt lié à leur production et à la livraison de leurs navires. La voile que nous recevons actuellement pour le projet Vela pèse 900 kg pour une surface colossale de 600 m². C’est typiquement ce genre de projets à longue visibilité que nous voulons attirer. Comme ce sont des projets naissants, au stade de prototypes, leurs dates de livraison bougent constamment. I.S. : C’était l’objectif de base pour l’hiver, mais pour l’instant, les calendriers ne coïncident pas encore parfaitement. On réussit tout de même à les intercaler dans notre planning. Nous étions présents au salon Wind for Goods à Saint-Nazaire. Les interlocuteurs sont nombreux et débordent d’idées innovantes. Nous travaillons notamment avec Grain de Sail, Wisamo, Neoliner ou Ayro et leurs OceanWings. Y a-t-il des différences de savoir-faire entre un acteur de la propulsion vélique et une équipe de course au large ? I.S. : Oui, les supports ne sont pas les mêmes. En course au large, on peint sur des membranes en 3D. Pour le transport vélique, on se retrouve parfois sur du tissu plus classique, des structures gonflables ou des matériaux très spécifiques. À chaque fois, je dois solliciter nos fournisseurs pour tester la compatibilité et la tenue des encres. L’Atelier sur mer porte-t-il une attention sur les questions de développement durable et de RSE ? A. L.-G. : Je suis arrivé récemment en tant qu’associé, mais j’ai constaté qu’il y avait une vraie démarche pour trouver des encres et des produits « moins mauvais ». La transition est en cours. Il est aujourd’hui très difficile de passer sur des produits à l’eau ou biodégradables. Certaines peintures acryliques existent, mais il faut que le pigment tienne face aux agressions de la mer. I.S. : Comme ce sont des personnes qui peignent, nous avons déjà éliminé les encres contenant les solvants les plus nocifs. Sur le plan humain, nous avons construit il y a deux ans un laboratoire de préparation des encres équipé d’un système d’aspiration pour éviter que les opérateurs n’inhalent les solvants. Quel est l’objectif derrière le rachat de l’entreprise par Stickerman ? A. L.-G. : Il y a 5 ou 6 ans, Stickerman faisait quatre fois moins de chiffre d’affaires qu’aujourd’hui. Pour progresser dans ce métier, le facteur clé est la surface de plancher. Nous avions deux options : construire un bâtiment plus grand (ce qui représente un coût important) ou saisir l’opportunité d’une croissance externe en reprenant un concurrent qui vendait son activité, sa clientèle et sa surface de plancher. L’explication est simple : ce rachat nous permet de répondre à la demande grâce à une capacité accrue. Cela nous offre aussi une belle implantation géographique avec trois sites : Auray, Carnac et Lorient. Enfin, cela permet de mutualiser les achats auprès de nos fournisseurs puisque nos volumes ont doublé. Crédit Photo : L’Atelier sur Mer Propulsion vélique Voile de compétition