Assises de la course au large : vers une feuille de route 2030 ambitieuse et quantifiée guillaume, 13 avril 202613 avril 2026 Après une session de travail le 19 mars 2026, Anne Dos Santos, secrétaire générale et vice-présidente en charge de la RSE à la Fédération Française de Voile, dresse le bilan des Assises de la course au large. Entre construction durable, rôle des skippers et réduction de l’empreinte carbone des événements, elle détaille les ambitions de la feuille de route 2030 et souligne l’importance décisive des synergies territoriales, notamment avec la Bretagne. Un bilan positif pour les assises de la course au large 2030 Quel bilan dressez-vous de ce nouveau rendez-vous des Assises de la Course au large ? C’était le troisième rendez-vous sur ce projet, après décembre 2023 et un temps d’échange au départ de la Transat Jacques Vabre en novembre 2025. Entre novembre 2025 et mars 2026, nous avons organisé trois séries d’ateliers thématiques avec les parties prenantes de la course au large. Les assises du 19 mars sont déjà une belle réussite par leur taux de participation, avec environ une centaine de personnes réunies à la tour BPCE, grâce à l’accueil de Banque Populaire. S’il reste du travail, on voit apparaître des actions très concrètes dans les ateliers thématiques, discutées et partagées par les acteurs. Nous avançons sûrement vers une feuille de route plus ambitieuse avec des objectifs quantifiés. Nous prévoyons d’ailleurs d’établir un point d’étape annuel au départ de la Route du Rhum à Saint-Malo. Nous avons fait un point en mars car les parties prenantes s’étaient beaucoup engagées cet hiver, mais notre objectif est de pérenniser une restitution annuelle lors d’un grand événement de la course au large. Quelles sont les prochaines étapes et les actions à venir pour cette feuille de route 2030 ? Les prochaines étapes consistent à continuer de mobiliser les acteurs en poursuivant ces ateliers thématiques, et peut-être en les élargissant. Jusqu’ici, nous nous étions concentrés sur trois thématiques : La construction des bateaux et leur durée de vie : L’enjeu est d’accroître la durabilité des unités. Ce groupe réunissait surtout les classes, les constructeurs et les architectes. Des outils et plateformes partagés ont émergé ; nous cherchons maintenant des financements pour poser la première pierre de ces outils. Les skippers comme lanceurs d’alerte : Ils peuvent porter la voix de la préservation de l’océan. Nous préparons une communication globale (peut-être pour la Route du Rhum) et nous les formons pour leur donner les clés de compréhension et les chiffres exacts. L’objectif est de leur permettre de mettre en perspective l’impact du secteur : la voile pèse peu face à la pêche ou au trafic maritime, mais ils doivent pouvoir alerter les citoyens sur l’état des océans et les inviter aux bonnes pratiques. Les organisateurs de courses : L’étape d’après est de les challenger sur la manière d’organiser et de faire rayonner un événement en décorrélation de la simple affluence physique sur les villages. Il faut passer du quantitatif au qualitatif. Le nombre de personnes présentes sur un village départ est, parfois, l’un des critères pour juger ou non du succès d’une course. C’est donc un axe de travail pour vous ? Oui, car le bilan carbone d’une année type de course au large (*), ramené au nombre de visiteurs, est presque équivalent à celui d’un Tour de France cycliste (ce qui reste dix fois moins qu’une Coupe du monde de football). Or, l’étude de 2023 a montré que la fréquentation des villages pèse pour près de 70 % de ce bilan carbone. Si nous voulons respecter l’Accord de Paris, c’est notre plus gros levier : le mode de déplacement des visiteurs. Il faut trouver collectivement d’autres mesures de réussite, comme l’audience télévisuelle ou l’intérêt global, sans multiplier le nombre de visiteurs sur site. La RSE au cœur de la formation et de l’usage Quelles sont, plus largement, les ambitions de la Fédération Française de Voile sur le volet RSE pour les années à venir ? La course au large est notre fer de lance, la « lumière en haut du phare », car elle est très visible. Mais notre sport, bien que propulsé par le vent, reste un sport mécanique avec un impact sur le changement climatique. Nous devons faire notre part et être exemplaires en démontrant qu’un sport de nature peut s’adapter et réduire ses émissions. Le sport est un vecteur de prise de conscience. Au-delà de la course au large, nous travaillons en interne avec nos clubs et lors des championnats de France pour sensibiliser les jeunes compétiteurs et tous les pratiquants de la voile. Par quel type d’actions passe cette sensibilisation des plus jeunes ou des amateurs ? Pour les compétiteurs, nous avons lancé l’année dernière une « Charte de l’éco-régatier » (une version BD pour les moins de 14 ans et une version texte pour les plus de 15 ans). Nous avons aussi créé un jeu de plateau sur l’environnement pour les classes de mer et les écoles françaises de voile. Ensuite, nous avons intégré un module « sensibilisation à l’environnement et démarche RSE » dans la formation de nos professionnels. Les premières formations sortiront en juin. Enfin, nous avons des partenariats de longue date avec l’APER et Écologic pour le recyclage du matériel nautique. Nous organisons des collectes de vieilles coques ou de planches dans les clubs pour éviter qu’elles ne finissent à l’abandon ou soient démantelées de manière inappropriée. L’APER vient récupérer le matériel jusque dans les clubs pour l’emmener vers les filières de retraitement. Parallèlement, nous développons les régates en « flottes partagées » : le régatier vient avec son sac à dos et le bateau est mis à disposition sur place. L’objectif est de passer d’une logique de propriété à une logique d’usage et d’éviter de transporter son bateau sur de longues distances. Notre plan d’action RSE complet est d’ailleurs disponible sur notre site. À travers le programme Bretagne Sailing Valley, la Région a l’ambition de porter cette feuille de route. Qu’en pensez-vous ? Nous avons besoin de synergies territoriales. La course au large concerne principalement quelques régions (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie). La Fédération n’a pas vocation à porter seule ces projets sur le terrain ; nous avons besoin de cet ancrage territorial pour que les acteurs politiques prennent le relais. Pour nous, c’est un facteur de réussite qu’une région s’empare du sujet. Au début, en 2023, j’avais quelques doutes car il y a beaucoup de parties prenantes avec des intérêts divergents, mais la dynamique collective s’est réellement installée. La Bretagne est un levier d’accélération majeur : c’est là que se trouvent les pôles d’entraînement (Port-la-Forêt, Lorient, La Trinité-sur-Mer), les chantiers, les architectes et les grands départs de courses. (*) : Pour une année moyenne de course au large : 50kg eq/CO2 par visiteurs pour 1.4 millions de visiteurs, soit 75 000 t eq CO2 par an. Voile de compétition