Le transport vélique en Baie de Quiberon : une solution d’avenir pour le report modal des marchandises ? Arnaud C., 23 février 202623 février 2026 En 2025, une étude technico-économique a été menée par Louise Chopinet et Thomas Omnès pour Le Caboteur Des Îles, en partenariat avec l’association Wind Ship et l’ADEME dans le cadre du projet ReMoVe. Son objectif ? Évaluer la faisabilité et l’opportunité d’un transport de marchandises à la voile en Baie de Quiberon, vers les îles de Belle-Île, Houat et Hœdic. Cette étude s’inscrit dans une démarche de décarbonation du transport de marchandises et de report modal, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et les externalités négatives liées au transport traditionnel. Télécharger la synthèse de l’étude [pdf] Pourquoi le transport vélique ? Un enjeu environnemental et logistique La Baie de Quiberon est un territoire insulaire où le transport de marchandises repose aujourd’hui principalement sur des camions et des navires motorisés. Pourtant, cette dépendance au transport routier et aux énergies fossiles génère des impacts environnementaux et sociaux majeurs : émissions de CO₂, pollution atmosphérique, congestion des routes, et nuisances sonores. Le transport vélique, c’est-à-dire l’utilisation de voiliers-cargos, apparaît comme une alternative prometteuse pour réduire ces impacts. L’étude a exploré plusieurs scénarios pour évaluer la pertinence économique et énergétique de cette solution, en comparant notamment les performances d’un navire à propulsion vélique avec celles des navires conventionnels et en cherchant à optimiser le volet routier du transport. Les scénarios étudiés L’étude a analysé plusieurs scénarios de transport maritime vers Belle-Île et Houat, en partant de deux ports continentaux : Lorient et Kerisper (Saint-Philibert). Trois types de navires ont été envisagés : Un voilier-cargo de 50 tonnes (type Grain de Sail) ; Un navire intermédiaire de 100 tonnes ; Un voilier-cargo de 350 tonnes (type Grain de Sail 2). Chaque scénario a été évalué en fonction de critères économiques, énergétiques et logistiques, tels que : Le volume de marchandises transportées ; Les coûts d’investissement et d’exploitation ; Les émissions de gaz à effet de serre évitées ; Les externalités négatives réduites (bruit, congestion, etc.). Des bénéfices environnementaux significatifs L’étude révèle que le transport vélique permet de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre et les externalités négatives liées au transport routier et maritime conventionnel. Par exemple : Pour 6 tonnes transportées de Lorient à Belle-Île : jusqu’à 70 % de gaz à effet de serre en moins (26% d’externalités négatives évitées pour le terrestre et 92% pour le maritime.) Pour 6 tonnes transportées de Lorient à Houat : jusqu’à 85 % de gaz à effet de serre en moins (29% d’externalités négatives évitées pour le terrestre et 96% pour le maritime) Ces résultats démontrent que le transport vélique est non seulement plus respectueux de l’environnement, mais aussi plus efficace sur le plan énergétique. Une pertinence économique variable selon les scénarios L’analyse économique montre que la viabilité des scénarios dépend de plusieurs facteurs : Le navire de 350 tonnes est le plus compétitif, car il permet de transporter la quasi-totalité des flux de marchandises actuels. Cependant, il nécessite un investissement initial important et une adaptation des infrastructures portuaires. Le navire de 50 tonnes est moins compétitif économiquement, mais il présente l’avantage d’être rapidement déployable et de servir de démonstrateur pour convaincre les parties prenantes. Le navire de 100 tonnes offre un bon compromis entre capacité de transport et coût d’investissement, ce qui en fait une solution réaliste pour une mise en œuvre progressive. Des défis logistiques et réglementaires L’étude souligne également les obstacles à surmonter pour rendre ces scénarios viables : La saturation des ports : les infrastructures portuaires actuelles sont principalement dédiées à la plaisance, ce qui limite les espaces disponibles pour le transport de marchandises. Les contraintes réglementaires : les autorisations d’accès aux ports et les restrictions d’horaires (notamment en période estivale) compliquent l’exploitation des navires à voile. La nécessité d’un groupage efficace : pour optimiser les coûts et les temps de transport, il est essentiel de mettre en place des comptoirs de groupage performants en amont des ports. Les préconisations pour l’avenir Pour favoriser le développement du transport vélique en Baie de Quiberon, l’étude propose plusieurs pistes d’action : Adapter les infrastructures portuaires : réserver des espaces dédiés au transport de marchandises et faciliter l’accès aux cales pour les navires à voile. Soutenir financièrement les acteurs émergents : les subventions et les aides publiques sont essentielles pour réduire les coûts d’investissement initiaux et rendre les tarifs plus compétitifs en phase d’expérimentation. Encourager la mutualisation des navires : une utilisation alternée des navires entre plusieurs îles (par exemple, 4 jours pour Belle-Île et 1 jour pour Houat) permet d’optimiser les coûts et d’améliorer la rentabilité. Expérimenter à grande échelle : les projets pilotes, comme celui mené avec le voilier-cargo Grain de Sail en 2024, sont cruciaux pour valider les hypothèses et convaincre les parties prenantes. Vers une logistique maritime décarbonée L’étude technico-économique menée en Baie de Quiberon démontre que le transport vélique est une solution viable pour réduire l’impact environnemental du transport de marchandises. Bien que des défis logistiques et économiques subsistent, les résultats encourageants ouvrent la voie à une transition progressive vers une logistique maritime plus durable. Le Caboteur Des Îles et ses partenaires montrent que l’innovation et la collaboration entre acteurs publics et privés sont essentielles pour réussir la décarbonation maritime. À l’heure où la décarbonation des transports est un enjeu majeur, la Baie de Quiberon pourrait bien devenir un modèle à suivre pour d’autres territoires insulaires. Pour aller plus loin : Contact pour le Caboteur des Îles : contact [@] lecaboteurdesiles.fr Découvrez les initiatives de l’association Wind Ship. Propulsion vélique Caboteur des Îlesdécarbonation maritimetransport vélique