MMPROCESS : « C’est l’innovation qui nous guide » audrey, 12 janvier 20268 janvier 2026 Créée en 2019 par Madeg Ciret-Le Cosquer et Morgane Suquart, l’agence d’architecture navale et de prototypage composite MMProcess, à qui l’on doit notamment le trimaran à foils supportant le fameux cheval métallique de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, s’appuie aujourd’hui sur une équipe de huit personnes (ingénieurs et techniciens composite) pour un chiffre d’affaires d’environ un million d’euros. Ses deux fondateurs racontent l’histoire de l’entreprise morbihannaise. Comment est née l’agence MMProcess ? Madeg Ciret-Le Cosquer : Nous nous sommes rencontrés en prépa marine marchande, nous sommes tous les deux devenus officiers, j’ai navigué au long cours, Morgane en ferry. En parallèle, nous faisions pas mal de régate, nous avons notamment terminé troisièmes des premiers championnats du monde mixte de 470 en 2013, et surtout, nous nous sommes mis au Moth à foil, ce qui nous a conduits à faire de plus en plus de modifications et de composite pour améliorer le bateau, donc à nous y intéresser en tant que machine de développement. Nous avons par la suite eu l’occasion de faire une transition entre la marine marchande et des entreprises qui faisaient du développement dans le nautisme et la course au large : Morgane a dirigé le bureau d’études de Nodus Factory, et de mon côté, j’ai travaillé successivement pour Lorima, Heol Composites, Groupama Team France et SeAir. Forts de ces expériences, nous avons eu envie de développer nos propres projets, nous nous sommes alors inscrits à un master d’architecture navale à Nantes et nous avons décidé en 2019 de lancer notre propre agence d’architecture navale et de prototypage composite, en partant du constat qu’il n’existait pas de structure de ce type qui alliait design et capacité à construire des foils, à faire des maquettes et à les tester rapidement sur l’eau. L’ENV (Ecole nationale de voile et des sports nautiques de Quiberon, devenue récemment Institut national du nautisme) s’apprêtait alors à lancer une pépinière d’entreprises autour des engins à foils, nous avons répondu à l’appel à projets pour nous y installer. Quels ont été les premiers projets sur lesquels vous avez travaillé ? Morgane Suquart : Notre premier projet a été un jet-ski électrique volant, c’était un peu le début de l’électricité, donc on a rencontré beaucoup de difficultés, mais ça nous a encouragés à continuer par la suite à développer à la fois des foilers et des bateaux électriques. A la fois dans un objectif de décarbonation du milieu du nautisme, un sujet qui nous tient à cœur, mais aussi parce que depuis le début, c’est l’innovation qui nous guide : on aime essayer les nouvelles briques technologiques qui sont sur le marché, les moteurs électriques ont été un sacré champ d’exploration pour nous, le carbone recyclé également. Madeg Ciret-Le Cosquer : Nous sommes aussi devenus des spécialistes de la glisse, en faisant à la fois le design et le prototypage d’appendices pour Takoon et Gong. Nous avons toujours eu un simulateur propre pour avoir une indépendance totale sur nos outils, mais la glisse nous a permis de générer beaucoup de retours sur ce qu’on testait. Aujourd’hui, des milliers de personnes naviguent avec nos designs, ça nous plaît bien ! On a aussi travaillé sur le Mini 6.50 à foils de Matéo Lavauzelle, un peu un rêve de gamin pour moi, on ne peut pas se considérer comme architecte naval dans le secteur de la course au large si on n’a pas dessiné de Mini ! Vous avez été révélés au grand public par le trimaran supportant le cheval métallique de la cérémonie d’ouverture des JO, comment s’est concrétisé ce projet et y a-t-il eu derrière un effet olympique pour MMProcess ? Morgane Suquart : Au départ, c’était une idée de Thomas Joly (directeur artistique de la cérémonie d’ouverture) qui avait été mise de côté parce que trop dure à réaliser. L’Atelier blam qui réalisait la vasque olympique et qu’on connaissait depuis notre master à Nantes nous en a parlé, on a décidé ensemble de montrer que c’était possible. On a développé plusieurs maquettes numériques en se servant de notre simulateur qu’on a épuré pour présenter des visuels qui ont très bien fonctionné auprès de notre auditoire et nous ont donc permis de réaliser ce projet qui nous a vraiment plu, parce qu’il a été l’occasion de se servir de la technique dans un pur objectif esthétique. Et derrière, il y a eu un effet énorme, avec beaucoup de sollicitations médiatiques et de conférences, en France et à l’étranger, qui nous ont ouvert beaucoup de portes, notamment pour des projets de taille plus importante. Quels sont justement les projets principaux pour lesquels vous travaillez aujourd’hui ? Morgane Suquart et Madeg Ciret-Le Cosquer : Celui qui est notre fil directeur aujourd’hui, c’est Askell 66+, projet dont l’objectif, à horizon 2027/2028, est de battre le record absolu à la voile de Paul Larsen (65,45 nœuds, en 2011), avec une machine particulière, dotée de patins, d’un foil et d’une voile qui doit s’adapter à l’accroissement du vol apparent. On cherche des financements à hauteur de 3 millions d’euros, avec un premier ticket à 300 000 euros pour vraiment lancer une phase de tests et de développements d’une maquette. C’est à la fois un rêve sportif et une vision pour l’entreprise, car ce projet permet d’en nourrir d’autres. Comme notre ferry à voiles avec des ailes asservies – on a développé nos propres gréements pour la marine à voile – ou le catamaran électrique volant à foils pour les stations de pilotage, le ZEF-C. Nous travaillons aussi dans le domaine de la course : nous construisons déjà des appendices pour le Team Ultim Actual, nous avons un fonctionnement assez intégré avec eux, et nous voulons encore développer cette activité, d’où notre ambition de lancer un atelier composite de plus grande dimension dans la région d’Auray. Nous avons également dessiné un projet d’Imoca pour Philippe Hartz, nous aimerions en faire de même pour un Ocean Fifty, bateau qu’on connaît bien pour avoir notamment assuré le suivi de construction de celui de Sébastien Rogues. Industrie du nautisme